Résumé : Le missel rassemble
la totalité des pièces, propres et ordinaires, nécessaires à la
célébration de la messe, quelle qu’en soit la nature : prières,
lectures ou chants.
Comme le bréviaire pour l’office, le missel est le livre qui rassemble
la totalité des propres de la messe, qu’il s’agisse d’oraisons,
de lectures ou de chants. Ce livre est destiné au célébrant, qui à partir
du xie siècle est censé réciter à voix
basse les chants et les lectures. C’est l’époque à laquelle
apparaissent ces missels dits pléniers (ils contiennent toute la messe),
qui remplacent peu à peu le sacramentaire, sans toutefois le faire disparaître.
Le missel n’a pas élaboré du jour au lendemain à partir
du sacramentaire. Deux principaux types intermédiaires, assez rares toutefois,
l’ont précédé :
soit sacramentaire, graduel et lectionnaire juxtaposés dans un même
manuscrit ;
soit en marge des formulaires de messe, transcription des incipit des
pièces chantées, voire des lectures.
Comment reconnaître un missel ?
Le propre d’une messe n’est pas réduit au seul formulaire
du célébrant, comme c’est le cas dans le sacramentaire, mais
contient toutes les pièces propres d’une messe : antienne d’introït,
collecte, épître, répons graduel, allelluia et/ou trait, évangile,
antienne d’offertoire, secrète, antienne de communion, postcommunion.
Pour le reste (ordo missae, préfaces, canon), le contenu et l’organisation
du missel sont comparables à ceux du sacramentaire.
Comme le sacramentaire, le missel contient l’ordinaire de
la messe (ordo missae, préfaces, canon). On reconnaît sur cette page
le début du canon, dont la première prière commence par les mots : Te igitur,
clementissime pater…
Paris, Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 94, f. 182
Missel à l’usage du prieuré Saint-Lô de Rouen
Rouen ? fin du xve s.
Cette double page du même manuscrit montre la totalité du
propre de la messe de la fête de la Circoncision (1er janvier), oraisons,
lectures et chants ; et non pas seulement le formulaire du célébrant (collecte,
secrète et postcommunion) comme c’est le cas dans un sacramentaire. In die Circumcisionis non fit missa matutinalis
nisi dominica occurrat de qua oporteat ea fieri, et in illa missa nulla erit
mentio. Ad majorem missam officium. Ce passage souligné en rouge (f. 35v,
première colonne) annonce la grand-messe (missa
major) de la fête de la Circoncision, en ajoutant
quelques prescriptions sur la messe matutinale (missa
matutinalis). Suit immédiatement
le premier mot de l’antienne d’introït : Puer.
Celle-ci n’est pas transcrite en entier, car c’est la même que pour la messe
du jour de Noël.
Même s’il s’agit d’un chant de l’ordinaire de la messe, les premiers mots du Gloria figurent
ici avec une notation musicale, pour permettre au célébrant de l’entonner. Or[atio] : première oraison du propre, donc la collecte. Ep[istol]a : l’épître, première lecture de la messe, qui n’est pas transcrite
en entier, car c’est la même que pour la messe de minuit de Noël. Gr[aduale] : le répons graduel.
L’alleluia, sur la première ligne de la seconde
colonne du f. 35v, n’est pas annoncé par une rubrique, mais est suivi de son
verset : Versus. Sequen[ti]a : c’est une séquence, ou prose, trope de l’alleluia, insérée
dans le propre de cette messe. S[ecundum] Luca[m] (f. 36, première colonne) : l’évangile, seconde lecture
de la messe.
À la pénultième ligne de la colonne est mentionné le Credo, chant de
l’ordinaire qui doit être dit pour la Circoncision (il n’est pas prescrit pour
toutes les messes). Off[ertorium] : antienne d’offertoire, suivie de son verset V[ersus]. Secre[t]a : la secrète, seconde oraison du propre. Prefatio et ‘Communicantes’ sicut in die natali Domini (passage
souligné, dans la seconde colonne du f. 36). La messe de la Circoncision réclame
qu’on prenne les formules particulières de la Préface et du Communicantes utilisées à Noël.
On les cherchera donc soit dans le corpus des préfaces et dans le canon, soit
dans le propre de la messe du jour de Noël (in die). Com[munio] : antienne de communion. Postcom[munio] : la postcommunion, troisième et dernière oraison du
propre.
Paris, Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 94, f. 35v-36
Missel à l’usage du prieuré Saint-Lô de Rouen
Rouen ? fin du xve s.
La place des proses
Les proses copiées dans un missel peuvent se trouver soit intégrées
aux formulaires, soit regroupées à part.
Que peut contenir d’autre
un missel ?
Comme le sacramentaire, le missel peut contenir des ordines rituales, des
bénédictions, les tons des chants de l’ordinaire
(cf. Le sacramentaire ).
Pièges à éviter
Ces dernières recommandations valent non seulement pour le missel, mais
pour tous les livres de la messe :
Ne jamais se fier aux intitulés, mentions et dénominations portées
sur le manuscrit lui-même. Par exemple, le terme missale peut recouvrir
un sacramentaire, voire un graduel.
Ne pas se fier non plus au programme iconographique du manuscrit. S’il
est courant dans les missels et sacramentaires enluminés que le canon ou
les préfaces soient précédés d’une ou deux miniatures à pleines
pages, dont l’une représente le Christ en croix (pour le baiser rituel
du célébrant), cette iconographie peut aussi en être absente ou
figurer dans d’autres manuscrits liturgiques (bréviaires, graduels,
etc.).
Ne pas juger de la nature du livre par la présence de notations musicales.
Un manuscrit noté n’est pas forcément un livre de chants, et
inversement. Un missel peut fort bien être pourvu de notations musicales,
et un graduel en être totalement dénué.
Ne pas oublier qu’un livre liturgique peut être divisé en
plusieurs volumes. Cela concerne, il est vrai, surtout les livres de l’office,
plus volumineux, mais il arrive, par exemple, que certains missels comportent
une partie d’été et une partie d’hiver, chacune rassemblant
la moitié du temporal et du sanctoral.
Un livre liturgique de la messe peut ne contenir que les messes de certaines
fêtes du temporal et du sanctoral, voire seulement des messes votives. On
précise alors si le livre est seulement festif et/ou votif.
Enfin, le Moyen Âge n’a connu aucune règle stricte pour la
confection de ses livres liturgiques, si bien qu’il existe des assemblages
atypiques (graduel-lectionnaire, graduel-antiphonaire, etc.). S’ils ne
sont pas fréquents, il ne faut pas les considérer comme des monstruosités
liturgiques, mais comme des tentatives guidées par les besoins particuliers
d’une communauté ou d’une église.